Les femmes se mettent la tête à nue

Mode. Plusieurs d’entre elles adoptent de plus en plus cette coiffure courante chez les hommes. 

La coiffure de la chanteuse Corry Denguemo   en a surpris plus d’un  le 25 février dernier lors du festival de musique urbaine « Mango Night ». Pétillante dans un blue jeans, l'artiste, qu’on reconnaissait auparavant à ses dreadlocks enturbannés dans un foulard, arborait fièrement « la boule à zéro », les cheveux coupés très court. Une coiffure audacieuse et masculine  que les femmes adoptent de plus en plus. Dans les rues de  Yaoundé, de jeunes filles exhibent fièrement  leur belle  tête ronde. Plusieurs raisons  expliquent ce choix de style.
Corry Denguemo  le revendique  comme un style personnel adéquat à l’univers artistique dans lequel elle évolue. Un moyen de marquer les esprits, de se démarquer dans cette masse d’artistes aussi bien par son talent que par sa mise vestimentaire. « Je me suis toujours dit que s'il m'arrivait de changer de look, c'est cette coiffure que je ferais. Je me  sens bien  avec  et ça ne me prend pas de temps pour l'entretien », justifie la chanteuse qui se réclame militante du style naturel africain.
Corry Denguemo



Aujourd’hui  vendeuse de vêtements, Amandine Nguele  a  adopté les cheveux coupés très court en 2011. C’était surtout pour des raisons économiques.  « J'étais au chômage  et n’avais pas assez d'argent pour entretenir une coiffure. Entre les produits capillaires indispensables qui coûtent cher parce qu’il faut traiter, défriser les cheveux et les coiffer, je ne pouvais plus assurer », raconte-t-elle. « Au début, j’avais quelques appréhensions sur mon pouvoir de séduction et j’ai reçu beaucoup de critiques de mes sœurs et cousines. Mais au fil du  temps, j’ai été rassurée par les hommes qui me draguaient.  Et j’ai finalement gardé cette coiffure avec laquelle je me sens bien maintenant ». La « boule à zéro », c’est aussi un concours de circonstance. Elle est arborée par les jeunes recrues féminines des forces de défense.

 Mais si l’on s’en tient aux explications esthétiques de Claudette Binanga, coiffeuse professionnelle au salon de coiffure «  London Beauty » situé au carrefour Etoa-Meki, « la boule  à zéro » ne peut cependant pas être portée par tous types de visage. «  C'est une coiffure qui va mieux aux femmes  au visage ovale. Ce type de visage se caractérise par un équilibre entre la largeur du menton, des pommettes et du front. En général, tous les styles de coiffure courte vont avec ce type de visage ». Une petite astuce chic de la dame, « pour donner un aspect glamour  à cette coupe, les femmes doivent la porter avec de longues boucles et mettre leurs yeux en valeur avec de faux cils ».
Elsa Kane Njiale

Rokia Touré
L’inspiration culturelle
Ne dit-on pas que la mode emprunte souvent à la culture ? La tendance féminine à la tête rasée n’a pas eu besoin d’aller chercher loin. Elle s’est surtout inspirée de la culture des tribus Bamiléké où le crâne rasé chez la femme peut transmettre un message. Chez les Fondonera, dans la Menoua, le crâne rasé chez une femme est signe de deuil. Il est alors courant de voir la veuve, les filles, les petites-filles, les sœurs, les cousines du défunt crâne rasé. « C’est le signe de l’amour et de l’attachement qu’elles portaient au défunt », explique Emile Donjio, commerçant originaire de cette tribu. « C’est un symbole de rupture. Il marque la fin d’une vie et le début d’une autre sans l’être aimé », ajoute Etienne  Kamga, originaire de Babouantou. Mais tel n’est plus seulement le cas. Alors, si vous croisez une jeune dame, le crâne rasé, sexy et souriante, ne vous empressez pas de lui jeter la pierre en signe de réprobation pour son irrespect envers le membre de sa famille décédé. Il se pourrait qu’elle ait simplement adopté un nouveau style jugé inhabituel mais glamour.
Elsa Kane Njiale




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